« C koi l’inTrêt d’ékrir kom sa? » Influence de la profondeur orthographique sur le clavardage chez les adolescents et les adultes : le cas du français et de l’espagnol

Résumé de la conférence prononcée par Anaïs Tatossian (doctorante – Université de Montréal) le 9 octobre 2008.

Nous avons mené une étude intergénérationnelle sur les pratiques scripturales des clavardeurs francophones (cf. Tatossian 2008; Tatossian et Dagenais, à paraître) en partant de l’hypothèse que le clavardage est soumis à des codages qui lui sont spécifiques. Nous avons dû recourir à 4 catégories générales pour rendre compte de toutes les variantes scripturales de notre corpus, étant entendu que chacune comporte plusieurs sous-catégories :

  • procédés abréviatifs;
  • substitutions de graphèmes;
  • neutralisations en finale absolue;
  • procédés expressifs.

Nous voulons maintenant tester la solidité de notre typologie pour des langues dont le degré de correspondance phonético-graphique diffère. En vertu de l’hypothèse de la profondeur de l’orthographe (orthographic depth hypothesis [ODH]; Katz et Frost 1992), selon laquelle un système orthographique transparent (comme l’italien, l’espagnol ou le serbo-croate) code les phonèmes directement dans l’orthographe, nous vérifierons si nos résultats pour le français peuvent être généralisés à des langues dont l’orthographe est dite « transparente » (l’espagnol) comparativement à des langues dont l’orthographe est dite « opaque » (le français et l’anglais).

Nous proposons ici une analyse comparative des ressources scripturales mises au point par les utilisateurs de forums de clavardage en français et en espagnol engageant une variable générationnelle (2 populations : adolescents et adultes). Pour la collecte des données, nous recourrons à des échanges effectués au moyen du protocole Internet Relay Chat (IRC), créé par J. Oikarinen (1988), aujourd’hui le plus répandu pour le clavardage en groupe. Nous dresserons d’abord un inventaire quantifié des différents phénomènes scripturaux recensés et procéderons ensuite à la comparaison des résultats. Étant donné l’orthographe transparente de l’espagnol, nous vérifierons de quelle façon le groupe des adolescents hispanophones, en quête d’identité, se démarque du groupe des adultes. Nos résultats montrent que les 2 populations recourent abondamment à des stratégies d’abréviation et à des substitutions de graphèmes (oralisation par des transcriptions phonético-graphiques).

 

Références

KATZ, Leonard et Ram FROST. 1992. The Reading Process is Different for Different Orthographies: The Orthographic Depth Hypothesis, in Leonard Katz et Ram Frost (eds), Orthography, Phonology, Morphology and Meaning, Amsterdam : Elsevier North Holland Press, pp. 67-84.

TATOSSIAN, Anaïs. 2008. Typologie des procédés scripturaux des salons de clavardage en français chez les adolescents et les adultes, in Jacques Durand, Benoît Habert et Bernard Laks (eds), Actes du 1er Congrès mondial de linguistique française (Paris, ILF, 9-12 juillet 2008), pp. 2337-2352.

TATOSSIAN, Anaïs et Louise DAGENAIS, à paraître, Le scripto-clavardage en français : adolescents vs adultes, Cahiers de lexicologie, 92(2), Paris : Garnier.