La question identitaire dans la presse coloniale traduite à l’époque de l’indépendance du Venezuela (1808-1822)

Résumé de la conférence prononcée par Georges Bastin le 17 septembre 2007.

La presse est le registre de l’histoire d’un pays, le reflet vivant tant des grands événements que des faits mineurs. Les grands idéaux et les nouvelles triviales alimentent les pages des périodiques pour servir les objectifs de leurs éditeurs. Ceux-ci ont toujours le souci d’informer, mais ce souci n’est jamais neutre. Si cela est vrai de toute presse à toute époque et en tout lieu, le cas de la presse coloniale constitue un exemple privilégié du souci de création identitaire du lectorat. Du fait, notamment, de l’ambiguïté de l’identité tant des hommes de presse que du lectorat. Les 1ers, intellectuels « illustrés », se considéraient « the same but not quite » (Bhabha, 1994), et le 2d était constitué de sujets colonisés, intellectuels et commerçants, qui revendiquaient leur monde propre, tout en appartenant à celui de leur métropole. C’est aussi le cas de la presse coloniale à l’époque de l’indépendance du Venezuela (1808-1822).

Parmi les sources d’information et d’inspiration des journalistes de l’époque figurent en bonne place les idées et les nouvelles en provenance des États-Unis et d’Europe. La traduction constituait donc l’un des principaux outils de travail que les rédacteurs de périodiques mettaient au service de leurs desseins. Elle est la représentation de la négociation d’une identité culturelle.

Le rôle fondamental joué par la traduction en Amérique hispanique, et en particulier au Venezuela, à l’époque de l’indépendance, a été démontré dans les écrits des philosophes (européens et américains) et dans les documents officiels devenus constitutifs des nouveaux États. La presse n’a toutefois jamais fait l’objet d’une étude « traductologique » du fait, peut-être, de la complexité du corpus. En effet, la « traduction » dans la presse n’apparaît pas souvent sous sa forme classique. La « traduction » dans la presse est rarement intégrale, en ce sens que le texte d’arrivée ne correspond généralement pas au format de l’original dont il n’est souvent qu’une synthèse. Or, la presse de l’époque la plus « chaude » de l’indépendance (à partir de 1808) a été le bouillon de culture et le véritable propagateur des idées pro-indépendantistes.

Le présent projet, qui se situe dans le cadre des études descriptives de la traduction, cherchera, par une approche descriptive et fonctionnelle, à déterminer les conditions et les stratégies qui régissent la production et la réception des traductions ainsi que l’incidence de celles-ci sur les discours identitaires nationalistes. Par l’analyse des comportements traductionnels dans la presse à l’époque de l’indépendance du Venezuela, nous chercherons à formuler des généralisations à propos du rôle de la traduction dans la constitution d’une identité et d’une culture propres à la Région.