La Traduction-poème

Résumé de la conférence prononcée par Barbara Folkart (professeure – Université d’Ottawa) le 15 octobre 2007.

La plupart des traductions dites poétiques ne sont en fait que des traductions-introductions. Elles restituent le plus souvent les dénotations du TD, s’essaient même à des alexandrins ou à des allitérations, mais laissent de côté l’essentiel, c’est-à-dire tout simplement la poésie du poème de départ. Pour tout dire, elles ont moins affaire au réel construit par l’original qu’au déjà-dit du système d’arrivée – poncifs de versification, tics de diction, etc.

Ce qui fera l’objet de cette causerie, par contre, c’est la traduction-poème, celle qui constitue en elle-même – ou du moins vise à être elle-même – un poème à part entière.  Cette pratique se veut saisie immédiate et radicale du réel construit par le poème de départ.  Et, comme celui-ci, elle vise à « faire du neuf » avec la matière fournie par la langue d’arrivée.

Pour cerner les processus de réécriture poétique, j’ai recours, entre autres, à la notion de « valence » : dans quelle mesure les images du poème de départ, ou sa prosodie, sa musicalité ou même son intertextualité, concourent-elles à l’élaboration de sa charge poétique? J’essaie en outre, à l’aide de cas précis, d’explorer les processus moyennant lesquels le traducteur – ou « lectécrivain » - essaie d’intérioriser le réel du TD, pour ensuite lui donner voix avec des moyens puisés dans la LA. Bien entendu, il ne s’agit pas de systématiser cette opération qu’est la lectécriture poétique : chaque transaction est nécessairement sui generis. Il ne saurait y avoir d’a priori : les vieilles dichotomies à propos desquelles on se plaisait à pontifier – vers ou prose, vers libres ou vers réguliers, vers rimés ou vers blancs, – sont dépourvues de sens.

Comme je m’intéresse exclusivement au rendement poétique de la traduction, je rejette une bonne partie du discours traductologique récent, que ce soit le discours de la foreignization, celui du féminisme, ou encore celui qui insiste sur la « visibilité » du traducteur. En ce qui concerne la poésie, du moins, la portée idéologique de ces discours dépasse de très loin leur efficacité analytique ou productive – je n’en veux pour preuve que les résultats inframédiocres obtenus par ceux qui les ont appliqués à la traduction poétique.