L’arrivée de Tolstoï en France ou la construction des « classiques de la littérature mondiale »

Résumé de la conférence prononcée par Natalia Teplova (professeure – Université Concordia) le 28 janvier 2008.

Il existe des « classiques de la littérature mondiale ». C’est un fait. De nombreuses collections y sont consacrées chez les grands éditeurs et des cours panoramiques portant ce titre sont donnés dans plusieurs universités à travers le monde. Mais d’où viennent ces « classiques »? Pourquoi est-ce qu’un auteur particulier voit son nom rayonner bien au-delà des frontières de son pays? Notre hypothèse est la suivante : les « classiques » ne sont jamais « instantanés » ou « quasi instantanés », leur arrivée est préparée par plusieurs facteurs historiquement déterminés, ainsi que par des personnes bien concrètes (des « translateurs ») qui participent, de manière consciente ou inconsciente, au transfert des textes et des noms des auteurs en question.

Dans le cadre de la présente conférence (qui se veut plutôt une réflexion à voix haute sur un nouveau projet de recherche intitulé Résurrection de Tolstoï : Ïasnaïa Polïana – Paris – Londres – Tokyo. Le rôle de l’adaptation indirecte dans la construction des classiques de la littérature mondiale, nous proposons de nous pencher sur le cas de Tolstoï en France. Le nom de Tolstoi semble « jaillir » vers la fin du 19e siècle en France; cependant, son « arrivée », comme nous essayerons de le démontrer, est loin d’être soudaine. Certes, elle coïncide avec la « mode russe », mais elle est aussi « préparée » par le travail des « translateurs », russes et français, depuis au moins la 1re décennie du 19e siècle. Notre étude se fera du point de vue traductologique et nous serons aidées par des notions telles que l’« horizon d’attente » (Jauss), le « possible de l’époque » (Meschonnic) et la notion de « chronotope » (Bakhtine), entre autres.